
Pourquoi je suis devenue sexothérapeute : mon parcours, ma reconversion et ma façon d’accompagner
15 septembre 2026 · 9 min de lecture
Tout a commencé le jeudi 2 novembre 2023, lors de mon premier rendez-vous avec une sexologue et thérapeute de couple.
Au cours de nos échanges autour de différentes problématiques, elle m’a posé une question à laquelle je ne m’attendais pas vraiment :
Pourquoi ne vous lanceriez-vous pas en tant que sexothérapeute ?
Cette réflexion a constitué le point de départ de mon projet de reconversion professionnelle.
Parce que oui, j’ai toujours aimé parler de sexualité. C’est un domaine fascinant, encore entouré de nombreux tabous… et moi, les tabous, je n’aime pas trop ça ! Je leur fais la vie dure ! 😁
Je me suis également toujours aperçue que les personnes autour de moi avaient une certaine facilité à se confier. Et finalement, écouter les autres est quelque chose que j’ai toujours aimé faire.
Les êtres humains ont tous des histoires incroyables et ont parfois simplement besoin d’une oreille attentive, d’un espace où ils peuvent parler librement ou de quelques pistes pour retrouver leurs propres ressources et sortir un peu du brouillard.
Du développement web à la sexothérapie
Après quinze années d’expérience dans le développement web, j’ai progressivement engagé une réflexion autour d’une évolution professionnelle vers un métier davantage orienté vers l’accompagnement et la relation d’aide.
Parce que oui, les ordinateurs, c’est bien… mais ça ne remplit pas vraiment notre réservoir humain ! 😅
Et pourtant, je n’ai pas passé quinze ans à faire un métier que je détestais. Bien au contraire.
J’ai travaillé sur des projets qui avaient du sens pour moi et qui m’ont beaucoup appris. J’ai notamment eu l’occasion de développer des logiciels dans des domaines où la technologie pouvait avoir un impact très concret.
Mais au fil des années, quelque chose me manquait : le contact humain.
J’ai également évolué dans un milieu professionnel très majoritairement masculin. Cela m’a permis d’échanger avec mes collègues sur des problématiques que je ne rencontrais pas forcément moi-même, et inversement.
Et je peux vous dire que j’en ai sensibilisé quelques-uns au sexisme et à la misogynie au passage ! 😂
Finalement, même si je changeais complètement de domaine professionnel, je me suis rendu compte que certaines choses m’accompagnaient déjà depuis longtemps : la curiosité, l’écoute, l’envie de comprendre et le goût pour les problèmes complexes.
Et l’être humain, question complexité… il se pose là. 😅
Une formation, puis le besoin de découvrir le terrain
J’ai eu l’opportunité de bénéficier d’un plan de licenciement économique, ce qui m’a permis d’aborder cette transition professionnelle dans des conditions plus sereines.
J’ai ainsi pu débuter une formation théorique en sexologie et découvrir les différents champs d’intervention de cette discipline.
J’ai découvert un domaine bien plus vaste que ce que j’imaginais.
La sexualité ne se résume évidemment pas aux rapports sexuels. Elle touche au corps, au désir, au plaisir, à l’intimité, aux relations, à l’image de soi, au couple, aux émotions, aux normes sociales… et à tout un tas de choses qui font de nous des êtres humains.
Mais assez rapidement, une évidence s’est imposée à moi : la théorie ne suffisait pas.
Lire, apprendre et comprendre les différents mécanismes est indispensable. Mais accompagner une personne, l’écouter et comprendre ce qu’elle vit ne s’apprend pas uniquement dans les livres.
J’avais besoin de découvrir la réalité du terrain.
Deux ans après cette première rencontre, j’ai donc repris contact avec la sexologue qui m’avait posé cette fameuse question.
Je lui ai présenté mon projet professionnel et lui ai demandé si elle accepterait de m’accueillir en stage.
Elle a accepté de m’accompagner dans cette démarche et m’a permis de réaliser 21 jours d’observation au sein de son cabinet de sexothérapie.
Ce que le terrain m’a appris
Ces 21 jours ont été particulièrement importants dans mon parcours.
J’y ai découvert concrètement ce que signifie accompagner une personne dans ses questionnements autour de la sexualité et de l’intimité.
J’ai surtout découvert à quel point il n’existe pas une seule façon de vivre sa sexualité… et donc pas une seule façon d’accompagner les difficultés qui peuvent y être liées.
Derrière une difficulté qui peut sembler simple en apparence peuvent se cacher énormément de choses : des croyances, de la honte, de la peur, des expériences passées, des difficultés relationnelles, une mauvaise image de soi, des injonctions, du stress, des questionnements identitaires…
Et parfois, la personne ne sait même pas elle-même pourquoi elle est là.
Elle sait simplement que quelque chose ne va pas.
Cette expérience m’a également confortée dans une idée importante : une difficulté sexuelle ne doit pas être abordée uniquement à travers le symptôme.
Une personne peut consulter pour une difficulté d’érection, une baisse du désir ou une absence d’orgasme. Mais derrière ce qui est visible peuvent se trouver de nombreux autres facteurs.
C’est quelque chose que mon ancien métier m’avait déjà appris d’une certaine manière.
En développement informatique, lorsqu’on me disait :
Ça ne fonctionne pas.
Je ne pouvais pas simplement appuyer sur un bouton « réparer ». 🙃
Il fallait comprendre ce qui se passait, poser des questions, chercher l’origine du problème et parfois découvrir que le problème annoncé n’était finalement pas celui que l’on pensait.
En sexothérapie, la démarche est évidemment très différente.
Un être humain n’est pas un logiciel.
Mais cette habitude de chercher à comprendre avant de vouloir résoudre m’accompagne encore aujourd’hui.
Écouter avant de chercher des réponses
Mes expériences de développeuse, de cheffe de projet et de Product Owner m’ont également appris quelque chose qui me semble essentiel dans l’accompagnement : ne pas partir du principe que j’ai déjà compris.
Dans un projet informatique, il faut comprendre le besoin avant de chercher une solution.
Et en consultation, c’est exactement la même chose.
Une personne peut me dire :
J’ai un problème de désir.
Mais qu’est-ce que cela signifie pour elle ?
Est-ce qu’elle souffre de ne plus avoir envie ?
Est-ce que son ou sa partenaire souffre de cette situation ?
Est-ce qu’elle pense qu’elle devrait avoir davantage de désir ?
Est-ce qu’elle ressent encore de la tendresse et de l’intimité mais moins d’envie sexuelle ?
Est-ce que la difficulté concerne réellement le désir ou plutôt la pression qui l’entoure ?
Je ne peux pas décider à la place d’une personne de ce qui constitue son problème.
Mon rôle est d’écouter, de poser des questions, de comprendre et de réfléchir avec elle à ce qui pourrait l’aider.
Et si on ne sait pas quoi dire ?
C’est une question que l’on peut facilement se poser avant une première consultation.
Mais qu’est-ce que je vais bien pouvoir lui raconter ?
La réponse est simple : vous n’avez pas besoin de savoir.
Vous pouvez arriver avec une explication parfaitement structurée…
Ou avec un magnifique :
Euh… je ne sais pas trop comment vous expliquer.
Les deux sont parfaitement recevables. 😁
Vous n’avez pas besoin de connaître les termes techniques de la sexologie.
Vous n’avez pas besoin d’avoir préparé votre histoire dans l’ordre chronologique.
Vous n’avez pas non plus besoin de tout raconter dès la première séance.
Vous pouvez chercher vos mots, hésiter, rire nerveusement ou dire que vous êtes gêné·e.
Et vous pouvez aussi dire que vous préférez ne pas aborder un sujet pour le moment.
Le rythme de chacun est différent.
Une consultation, ce n’est pas un interrogatoire
Je ne conçois pas la sexothérapie comme une succession de questions auxquelles il faudrait trouver les bonnes réponses.
Une consultation est avant tout un échange.
Je vous apporte mon écoute, mes connaissances, mon regard professionnel et des pistes de réflexion.
Vous apportez votre vécu, vos ressentis, votre histoire et ce que vous souhaitez comprendre ou faire évoluer.
Nous pouvons alors réfléchir ensemble à ce qui se passe.
Je ne suis pas là pour vous dire comment vous devez vivre votre sexualité.
Je ne suis pas là pour distribuer des bons ou des mauvais points.
Et je ne possède malheureusement pas non plus de baguette magique permettant de résoudre toutes les difficultés sexuelles en trois séances. 😅
Chaque personne est différente.
Chaque histoire est différente.
Et une solution qui convient à quelqu’un ne conviendra pas nécessairement à une autre personne.
Pourquoi parler de sexualité avec humour ?
C’est probablement une question que l’on peut se poser en découvrant ma façon de communiquer.
Après tout, la sexualité peut concerner des sujets très sérieux : difficultés sexuelles, douleurs, rapport au corps, difficultés relationnelles, souffrance personnelle…
Alors pourquoi y mettre de l’humour ?
Parce que prendre un sujet au sérieux ne signifie pas forcément devoir en parler avec une tête de médecin légiste. 🥸
La sexualité est déjà suffisamment entourée de gêne, de tabous et d’injonctions.
Un peu d’humour peut parfois permettre de faire tomber la pression, de rendre un sujet plus accessible ou simplement de rappeler que la sexualité fait partie de la vie.
Mais il y a une règle qui, pour moi, est essentielle :
on peut rire d’une situation, mais jamais de la personne qui la vit.
L’humour ne doit jamais servir à minimiser une souffrance ou à se moquer de quelqu’un.
Certaines situations se prêtent à la légèreté.
D’autres beaucoup moins.
Il faut simplement savoir faire la différence.
Et c’est aussi pour cette raison que je souhaite garder cette petite touche d’humour dans mes publications : parler de sexualité peut être sérieux sans être systématiquement solennel.
Alors, pourquoi la sexothérapie ?
Après tout ce parcours, la réponse me paraît finalement assez simple.
Parce que je crois que l’on devrait pouvoir parler de sexualité plus librement.
Parce qu’une difficulté sexuelle peut avoir un impact important sur la confiance en soi, la vie intime ou la relation de couple.
Parce que l’on peut parfois attendre très longtemps avant d’oser en parler.
Et parce que je crois qu’avoir un espace où l’on peut poser ses questions, mettre des mots sur ce que l’on vit et réfléchir sans être jugé·e peut déjà faire une grande différence.
Je ne cherche pas à vous faire entrer dans une case.
Je ne cherche pas à vous expliquer quelle devrait être votre sexualité.
Et je ne cherche pas non plus à vous « réparer ».
Je souhaite vous accompagner pour que vous puissiez mieux comprendre ce que vous vivez et trouver ce qui vous convient à vous.
Finalement, mon parcours professionnel n’est peut-être pas aussi éloigné de la sexothérapie qu’il en a l’air.
J’ai simplement changé de type de problèmes complexes.
J’ai conservé ma curiosité, mon envie de comprendre, mon goût pour les échanges et cette habitude de chercher ce qui se cache derrière ce que l’on voit au premier abord.
Mais surtout, après quinze années passées derrière un écran, j’ai trouvé quelque chose qui me manquait : le contact humain. ❤️
Et aujourd’hui, c’est dans cet accompagnement que j’ai choisi de mettre mon énergie.
Avec du sérieux quand c’est nécessaire, de l’écoute toujours…
Et, lorsque le contexte s’y prête, une petite dose d’humour pour ne pas oublier qu’avant d’être des « patients », nous sommes surtout des êtres humains. 😁
